La cathédrale de Yarvin
Une simple explication de ce concepte néo-réactionnaire et son contexte en France
En octobre 2019, une tempête intellectuelle s'est formée autour de Sylviane Agacinski, philosophe reconnue et épouse Lionel Jospin. Prévue pour le 24 octobre à l'université de Bordeaux, sa conférence intitulée “L'être humain à l'époque de sa reproductibilité technique” n'aura finalement jamais lieu.
Tout commence quelques jours avant la date prévue. Des associations étudiantes et militantes LGBT+ découvrent la programmation de cette conférence et s'organisent rapidement contre sa tenue. Pourquoi cette mobilisation? Agacinski s'était positionnée publiquement contre la PMA pour toutes et la GPA dans son livre "L'Homme désincarné" paru en 2019, à une période où le projet de loi bioéthique était en plein débat parlementaire.
Le 23 octobre, veille de l'événement, l'université annonce son annulation par un bref communiqué évoquant des "risques de troubles à l'ordre public". La décision tombe après que plusieurs associations, dont GRRR (Collectif étudiant anti-patriarcat), Riposte Trans, Mauvais Genre-s et Wake-Up ! (Association LGBTQ+), ont appelé à manifester contre ce qu'elles qualifiaient de "tribune offerte à la haine anti-LGBT".1
Ce qui s'est passé ce jour-là mérite notre attention. Sans qu'aucun ordre n'ait été donné, sans qu'aucun comité central n'ait pris de décision, une série d'acteurs - associations étudiantes, militants, médias étudiants, responsables universitaires - ont agi comme les parties d'un même organisme. Cet alignement idéologique, est ce qu’on appelera industrie intellectuelle pour le moment.
Qui a eu le dernier mot ?
Dans l'affaire Agacinski, le dernier mot est le seul evenement d’importance. Malgré les déclarations de la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal affirmant que "la liberté d'expression est une valeur fondamentale de l'université", et même Melenchon, la conférence n'a jamais été reprogrammée. Les protestations de personnalités comme l'ancienne ministre Laurence Rossignol n'y ont rien changé.
La décision d'annulation, prise sous la pression d'associations militantes, est restée définitive. Les opposants à cette annulation ont pu s'exprimer dans certains médias, mais sans effet concret, la conférence ne semble jamais avoir eu lieu, ce même si la présidente avais mis un vague tweet.
D'autres cas similaires
Ce n'est pas un incident isolé :
En 2022, la mairie de Paris annule un colloque sur “la fabrique de l'enfant transgenre” ou Dr. Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, et la psychanalyste Céline Masson devraient y apparaitre. Leur crime? Elles avaient souleve un phenomene de contagion sociale et une inquietude envers l’augmentation des cas d’enfants qui souhaitient changer de genre.
En 2025, une conférence sur les Frères Musulmans à été annulé à l’université de Lille suite à un coup de force de la part d’un syndicat étudiant. Ce syndicat accusait la chercheuse au CNRS Florence Bergeaud-Blackler de racisme, et le doyen de l’université ceda au syndicat.
Cette même université de Lille, avait aussi annulé en 2024 une conférence de Rima Hassan et Mélenchon sur la Palestine, donnant en tant que raison officielle “les conditions ne sont plus réunies pour garantir la sérénité des débats”2
À l'inverse, des universitaires comme Didier Eribon, Geoffroy de Lagasnerie ou Eric Fassin3, porteurs de discours alignés sur les positions progressistes dominantes et radicales, donnent régulièrement des conférences sans obstacles majeurs, malgré des positions parfois tout aussi clivantes mais dans une direction opposée.
Ctuhlu nage lentement, mais à gauche : le portrait chiffré des métiers intellectuels
Ces incidents pourraient être écartés comme anecdotiques s'ils ne s'inscrivaient pas dans un contexte plus large. Un regard sur les tendances de fond révèle un paysage idéologique spécifique.
Les données statistiques disponibles, bien qu'imparfaites, indiquent une orientation politique majoritairement à gauche ou progressiste au sein des professions formant l'industrie intellectuelle française (universités, médias, enseignement, haute fonction publique), et ce, de manière plus marquée que dans la population générale.
Plongeons maintenant dans ces données qui révèlent comment, année après année, le centre de gravité de notre paysage intellectuel s'est déplacé, non pas par une révolution soudaine, mais par une lente et inexorable transformation des institutions qui façonnent notre vision du monde.
Tendances politiques dans la jeunesse et les universitaires
Avant d’examiner les different secteurs de l’industrie intellectuelle, il faut d’abord faire un état des lieux de contrôle de la jeunesse, par rapport aux étudiants des lettres ou de SciencePo. L'objection classique s'énonce ainsi : la jeunesse penche naturellement à gauche, les vieux à droite, comme le résume ce célèbre aphorisme “Celui qui n'est pas communiste à vingt ans n'a pas de cœur ; celui qui l'est encore à quarante ans n'a pas de tête.”
Cette idée reçue, forgée dans l'après-guerre, a été mythifiée par le romanesque Mai 68. Les étudiants d'alors, enflammés par leur rejet de De Gaulle, du système et du capitalisme existant, incarnaient une gauche révolutionnaire. Mais ce cliché résiste-t-il à l'examen des données ?
Pour le coup, il y a un grand manque de données de sondage sur l’intention de vote des jeunes mais les écrits historiques se mettent d’accord sur la jeunesse de 1968, leurs rejet catégorique envers De Gaulle, et donc par consequence le rejet de la droite, de son systeme traditionnel.
Les premières statistiques fiables datent de 1981 : 33% votent gauche, 26.3% droite, 24.1% ne répondent pas. Un avantage modeste pour la gauche, sans plus.
En 1997, les données IPSOS révèlent une égalité parfaite : 37% pour la gauche, 37% pour la droite, avec 13% aux extrêmes FN et extrême gauche de chaque bord.
Mais c'est aux élections européennes de 2024 que le séisme advient : le RN attire 25-30% des jeunes, tandis que la gauche reste plafonnée à 35%. Une fragmentation radicale qui s'accompagne d'un phénomène plus inquiétant : selon l'INSEE, l'abstention explose précisément dans cette tranche d'âge.
La jeunesse n'est plus ce bloc monolithique de gauche que le mythe voudrait. Elle se fracture, se disperse dans l'abstention, et manifeste un rejet désormais transversal des structures traditionnelles, à gauche et à droite. Si les jeunes ne convergent plus politiquement, que devient alors le monde universitaire ?
Les chiffres de la conformité idéologique
Le contraste entre le pluralisme actuel de la jeunesse et sa réalité statistique dans les universités relève moins de l'analyse politique que du diagnostic psychiatrique collectif. Les données révèlent une distorsion cognitive fascinante.
Alors que seulement 36% des 18-24 ans s'identifiaient à gauche pour l’éléction présidentielle de 2022, les facultés de sciences humaines et sociales semblent amplifier considérablement cette tendance. Si un penchant précis pour l'ensemble des filières LHESS est complexe à isoler des sondages grand public, l'exemple de Sciences Po est frappant : 71% des étudiants s'y auto-positionnaient à gauche en 2022, et lors du premier tour présidentiel, 66% ont voté pour Jean-Luc Mélenchon (55%) ou Yannick Jadot (11%), selon les enquêtes menées par le CEVIPOF au sein de l'institution.
La prégnance de syndicats comme l'UNEF, historiquement marqués à gauche et bien implantés dans ces filières, contraste avec leur faible présence en écoles d'ingénieurs.4 Les données globales du vote étudiant (environ 35-36% pour Mélenchon et 6-7% pour Jadot chez les 18-24 ans, totalisant environ 41-43% pour ces deux candidats de gauche/écologiste (selon Ipsos/CEVIPOF) sont vraisemblablement tirées vers le haut par les suffrages issus des filières littéraires et de sciences sociales.
Cette surreprésentation de la gauche dans les institutions censées former à l'esprit critique ne peut être attribuée au seul hasard. La statistique la plus parlante est peut-être celle de Sciences Po où, selon le CEVIPOF, seulement 8% des étudiants se positionnaient à droite en 2022.5 Si ce chiffre est spécifique à une institution d'élite qui forme les politiciens et les penseurs politiques, il interroge : dans des filières où l'on théorise la diversité, comment interpréter une telle homogénéité politique ?
Le progressisme de l’industrie intellectuelle en France
Pour ceux qui sont déjà convaincus de la thèse selon laquelle journalistes, académiciens, professeurs et fonctionnaires penchent majoritairement à gauche, vous pouvez aller directement vers l’explication de la cathédrale. Pour les sceptiques, explorons cela de plus près. Bien que des suivis longitudinaux détaillés pour chaque métier soient complexes à compiler exhaustivement, les données actuelles et les analyses d'évolution confirment une tendance marquée à gauche dans plusieurs professions intellectuelles et publiques clés.
Journalistes : Les enquêtes disponibles indiquent que les journalistes, en tant que groupe professionnel, se positionnent majoritairement plus à gauche que la population générale française. Il n’y a pas d’étude objective sur le penchant politique des journalistes, et il y a toujours l’influence de la ligne éditoriale sur le travail des journalistes. Mais de ce qu’on an en France, 52% au premier tour de 2012 votent la gauche, et 74% au second tour votent Hollande.6 Nos voisins Suisses faisant une sondage similaire trouvent des résultats de 75%.
Académiciens et Professeurs d'université : Dans le monde universitaire public, Que pensent les penseurs ? se penchent sur cette question et trouvent à travers un sondage representatif vers 1500 enseignants-chercheurs, un penchant à gauche determiné par rapport a la population moyenne, 1.5x plus contre la competition, et opposées au renforcement des moyens de production. Des exemples poncutels viennent renforcer cette idée, comme l’appel au “barrage contre l’extreme droite” de la présidente de l’Université de Nantes.
Enseignants (primaire et secondaire) : Ils constituent un bastion historique de la gauche. Si leur vote, autrefois largement acquis au Parti Socialiste, s'est fragmenté (p .4)7 – notamment vers La France Insoumise (Jean-Luc Mélenchon a recueilli une part très significative de leurs suffrages en 2022) et les écologistes – ils demeurent l'une des catégories socio-professionnelles votant le plus à gauche comparativement à la moyenne nationale.
Fonctionnaires : De même, les fonctionnaires dans leur ensemble, bien que formant un groupe divers, affichent un vote plus ancré à gauche (p .4) que la moyenne nationale (surtout pour les Cat. A/B et FPT) ou que les salariés du secteur privé. Cette tendance reste persistante, même si elle connaît aussi une certaine diversification interne envers l’extreme droite.
Ces chiffres dessinent les contours d'une sphère intellectuelle et publique où certaines perspectives sont structurellement surreprésentées. La question pertinente n'est alors pas de juger cette orientation, mais de comprendre les mécanismes qui la génèrent et la perpétuent, et d'analyser ses conséquences sur la diversité du débat et la production du savoir.
Qu'est-ce que la cathédrale ?
Le terme cathédrale8, emprunté à Curtis Yarvin, doit être manié avec précaution. Ce n'est pas une théorie du complot désignant une cabale secrète. C'est une métaphore décrivant une structure émergente : la symbiose fonctionnelle et non-coordonnée entre les institutions académiques et médiatiques dominantes. Comme les deux hémisphères d'un cerveau collectif décentralisé, cet ensemble façonne l'espace du pensable, définissant implicitement l'orthodoxie9 et l'hérésie contemporaines, à la manière dont l'Église médiévale le faisait via une autorité centralisée.
L'énigme première réside dans cette unité paradoxale. L'Église catholique était une institution centralisée ; notre cathédrale contemporaine comprend des milliers d'universités et de médias théoriquement autonomes. Pourtant, le singulier s'impose naturellement lorsqu'on les observe. Sciences Po, Le Monde, l'ENS et France Culture défendent invariablement les mêmes positions, avec des variations cosmétiques imperceptibles pour les non-initiés. Qui, dans ces institutions, oserait aujourd'hui s'opposer publiquement au mariage homosexuel ou suggérer l'existence de différences biologiques entre groupes humains ?10 Le blasphème a simplement changé d'objet, pas de nature.
Plus fascinant encore : ces institutions évoluent en parfaite synchronie temporelle. Sciences Po en 1980 et Sciences Po en 2025 portent le même nom mais défendent des positions intellectuelles radicalement divergentes. À chaque époque pourtant, toutes les institutions majeures s'alignent sur un même front idéologique, comme par enchantement. Ce miracle d'uniformité sans coordinateur visible défie notre ère, comme si nous assistions à une chorégraphie parfaite sans chorégraphe.
Imaginez des volées d'oiseaux traversant le ciel en formation parfaite, sans leader apparent. La raison nous pousse à soupçonner non pas des volontés individuelles miraculeusement coordonnées, mais une force émergente qui synchronise leurs mouvements.11 Comme l'observait déjà Foucault dans sa critique des dispositifs de pouvoir, la sophistication ultime du contrôle est précisément son invisibilité.
L'opposition contrôlée : la dissidence comme spectacle neutralisant
La magie dialectique de la cathédrale, et ce qui la distingue radicalement des formes primitives de totalitarisme, réside dans sa capacité à intégrer une dose homéopathique de dissidence pour mieux renforcer son apparence de pluralisme. Marcuse avait déjà identifié ce mécanisme dans son essai sur “La tolérance répressive” : le système libéral (pour nous cathédrale) excelle dans l'art d'administrer des quantités soigneusement calibrées d'opposition pour vacciner le corps social contre toute remise en question fondamentale.
Les idées récessives, celles qui délégitiment potentiellement le pouvoir des institutions dominantes, ne sont pas clairement censurées. Elles sont mises en scène dans un théâtre de l'objectivité, où des figurants soigneusement sélectionnés jouent le rôle des “opinions divergentes”.
Éric Zemmour incarne parfaitement cette fonction spectaculaire du token conservateur : sa simple existence médiatique permet au système de proclamer sa pluralité tout en délégitimant systématiquement les positions qu'il représente. C'est le paradoxe de l'épouvantail vivant, sa présence hypervisible sert précisément à démontrer l'absurdité des positions qu'il défend. Il fait partie d’une exception, financé par un acteur externe qui pousse ses interets mais qui finit par fournir une opposition controllée.
Cette stratégie de la tolérance théâtralisée produit un effet pervers que Baudrillard avait parfaitement anticipé dans “Simulacres et simulation” : paradoxalement, plus la dissidence est visible, plus elle devient inoffensive. La représentation neutralise la puissance subversive de ce qu'elle représente. La cathédrale tolère la présence de certaines idées précisément pour les désarmer, les transformer en spectacle plutôt qu'en menace, un processus où l'hérésie est convoquée uniquement pour être rituellement purifiée.
L'acceptation homéopathique fonctionne selon le principe de la vaccination : une dose infinitésimale d'agent pathogène pour immuniser l'organisme contre l'infection réelle. Ainsi, on débat du climatoscepticisme pour mieux renforcer le consensus, on discute des limites de l'immigration pour mieux établir son caractère incontournable, on examine les effets secondaires des transitions de genre précisément pour affirmer la nécessité de ces mêmes transitions. La controverse devient ainsi le mécanisme même par lequel le contrôle s'établit.
Notre illusion de sécurité intellectuelle
Notre démocratie se targue d'avoir résolu l'autoritarisme intellectuel par la dispersion institutionnelle. Nous reconnaissons volontiers la faillibilité d'un individu brillant ou même d'un groupe entier. Mais notre dogme fondamental – presque religieux – affirme que des institutions diverses ne peuvent collectivement s'égarer dans l'erreur. Si Sciences Po, l'EHESS, Le Monde et France Inter convergent sur une position, celle-ci doit nécessairement refléter une vérité scientifiquement établie, validée par des données objectives et des rapports d'experts.
Cette conviction fonctionne comme un talisman contre l'autoritarisme intellectuel : nous rejetterions vigoureusement l'infaillibilité d'une Église unique, mais acceptons docilement celle d'un système diffus produisant exactement le même résultat. Nous ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier, non, nous les distribuons dans des paniers différents mais magiquement synchronisés. Cette distribution illusoire rappelle ces conglomérats médiatiques qui proposent vingt chaînes différentes diffusant le même message sous vingt habillages distincts, créant l'illusion du choix là où règne l'uniformité.
L'erreur fondamentale de ce raisonnement saute aux yeux de tout statisticien novice : la diversification ne fonctionne que si vos échantillons sont véritablement indépendants. Si une force invisible, qu'elle soit structurelle ou culturelle, coordonne ces institutions apparemment autonomes, nous ne mesurons plus la réalité mais simplement cette main invisible.
Nos échantillons ne sont indépendants qu'en apparence. Sans connexion organisationnelle évidente, ces institutions présentent pourtant une corrélation étonnante qui persiste à travers les décennies, comme un organisme maintenant son identité malgré le renouvellement constant de ses cellules.
La sélection naturelle des idées
Dans les sciences dures comme les mathématiques ou la physique, la progression unidirectionnelle s'explique aisément : deux forces implacables – la réalité physique et l'ignorance humaine – contraignent l'évolution des théories. Le véritable arbitre de toute hypothèse reste l'expérimentation confrontée au réel.
Mais dans les humanités – philosophie, éthique, sociologie, politique – l'être humain n'a guère changé depuis des millénaires. Aucune force extrinsèque ne devrait imposer une direction unique au progrès. Pourtant, le dernier siècle a vu ces disciplines évoluer inexorablement vers des positions de plus en plus progressistes. Cette trajectoire unidirectionnelle ne révèle pas une supériorité intrinsèque de ces idées, mais témoigne d'une force sélective qui les avantage systématiquement.
La cathédrale ne fonctionne pas comme un ministère orwellien de la Vérité avec ses hiérarchies explicites. Aucun doyen, aucun rédacteur en chef, aucun président ne dicte à ses subordonnés ce qu'ils doivent penser de l'immigration ou du genre. Elle opère plutôt comme un marché darwinien où les idées se reproduisent par l'enseignement, mutent par la réflexion, et sont sélectionnées par un mécanisme implacable mais invisible.
La cathédrale privilégie naturellement les idées dominantes — celles qui valident et amplifient le pouvoir des institutions existantes. Ces idées bénéficient d'un vent arrière structurel, d'une prime au conformisme qui les propulse toujours plus loin. À l'inverse, les idées récessives — celles qui délégitiment ou réduisent ce pouvoir — affrontent un vent contraire permanent. Comme dans tout écosystème, seuls les organismes adaptés à leur environnement prospèrent.
Prenons le changement climatique comme cas d'étude. Deux réponses possibles s'offrent à nous : l'action ou l'inaction. L'action implique mobilisation de pouvoir, ressources, régulations et budgets considérables. Sans juger quelle position est scientifiquement correcte, l'alarmisme climatique constitue manifestement une idée dominante (justifiant plus d'experts, d'agences, de régulations), tandis que le scepticisme représente une idée récessive (suggérant moins d'intervention institutionnelle).
Est-il véritablement surprenant qu'un consensus de climatologues conclue que la climatologie est vitale pour l'humanité ? C'est comme consulter des vendeurs de parapluies sur les probabilités de précipitations.
Est-il véritablement surprenant qu'un consensus de climatologues conclue que la climatologie est vitale pour l'humanité ? C'est comme consulter des vendeurs de parapluies sur les probabilités de précipitations. Un chercheur défendant une idée récessive communique implicitement à ses collègues : “notre domaine est moins crucial que vous ne le pensez”. Carrières, financements, prestige: tout l'écosystème académique se trouve menacé. Le destin naturel de telles idées devient prévisible dans ce contexte darwinien, où "survival of the fittest" signifie "survival of the most institutional".
La bureaucratie qui fuit
Le moteur central de la cathédrale est ce que Yarvin nomme "la fuite du pouvoir", ce mécanisme par lequel la bureaucratie moderne externalise systématiquement sa responsabilité vers des instances "expertes" tierces qui échappent au contrôle démocratique. Ce phénomène n'est pas un bug du système mais sa fonction principale : créer un pouvoir sans visage, donc sans responsabilité.
Dans une bureaucratie, les décisions émergent de processus collectifs, non d'individus identifiables. La règle d'or bureaucratique, plus puissante que n'importe quelle directive écrite, est simple : collectiviser les succès, diluer les échecs. Si un fonctionnaire peut exporter la responsabilité décisionnelle hors de son administration, il résout son dilemme existentiel et maximise sa survie institutionnelle. Kafka n'a pas inventé le labyrinthe bureaucratique, il l'a simplement documenté.
Ce système ingénieux crée une alliance tripartite qui constitue l'ossature de la cathédrale : le pouvoir médiatique surveille théoriquement l'État pour protéger les citoyens, l'université forme les experts qui guident l'État, et l'État s'appuie sur ces deux institutions pour légitimer ses actions. Cette trinité séculière fonctionne comme un système parfaitement clos où chaque entité renforce la légitimité des deux autres.
Chaque fois que l'administration invoque une recherche universitaire, s'adapte à une couverture médiatique, ou consulte des experts externes pour justifier ses décisions, elle alimente cette cathédrale extra-démocratique. Ce n'est pas une anomalie mais le fonctionnement normal d'un système où personne ne veut assumer pleinement la responsabilité des échecs.
Prenez l'exemple de la gestion du COVID-19 : qui était responsable des décisions prises ? Le président ? Le conseil scientifique ? Santé Publique France ? Les médias qui amplifiaient certains messages ? Cette dilution kafkaïenne de la responsabilité crée un pouvoir d'autant plus puissant qu'il est insaisissable, comme ces divinités négatives de Lovecraft, d'autant plus terrifiantes qu'elles restent invisibles.
L'absence de vérité discernable : le vide au cœur du système
Le problème fondamental de la cathédrale n'est pas simplement qu'elle marginalise les vérités récessives. Plus profondément, son fonctionnement structurel nous prive de la capacité même de distinguer le vrai du faux. Nous identifions seulement les idées dominantes et récessives, sans pouvoir évaluer leur validité intrinsèque.
Pour reprendre l'analyse du changement climatique : suivant cette logique, nous ne pouvons déterminer sa réalité objective. Nous savons uniquement que l'alarmisme climatique est une position dominante, et que son rejet est étiqueté comme anti-science, position récessive par excellence. La cathédrale transforme des questions empiriques/techniques en questions morales et politiques, rendant impossible toute discussion factuelle.
Si demain, des recherches démontraient que le changement climatique est réel mais que les énergies fossiles n'en constituent qu'un facteur mineur (30%), la destruction des écosystèmes, l’érosion du sol du à la méchanisation de l’agriculture, l'urbanisation et l’exploitation des ressources nécessaires aux énergies renouvelables étant les causes principales du relâchement de CO2 et du collapse des ecosystèmes, la cathédrale ne diffuserait probablement pas cette information inconvenante. Si la solution optimale contredisait les dogmes établis, comme un recours massif au nucléaire, elle rencontrerait une résistance considérable malgré sa validité technique.
Lorsque nous éliminons les pseudo-informations façonnées par ce mécanisme de sélection, nous ne découvrons pas la vérité opposée, mais un vide informationnel. Quel que soit le signal que la réalité nous envoie, nous ne pouvons le percevoir clairement. Nous savons seulement que nos institutions sont structurellement incapables d'entendre, de comprendre ou d'enseigner les idées récessives, celles qui menaceraient leur légitimité et leur pouvoir. Nous ne pouvons pas savoir si les idées recessives sont vraies ou si les idées dominantes sont fausses.
La cathédrale empêche d'atteindre des vérités qui nous aideraient à mieux comprendre le monde et la société humaine, privilégiant systématiquement les vérités qui renforcent les structures existantes. Ce n'est pas tant une conspiration du mensonge qu'une conspiration de la sélection, un filtre structurel qui laisse passer certaines réalités et en bloque d'autres, créant une image du monde non pas entièrement fausse, mais systématiquement biaisée.
Écarter l'analyse de la cathédrale comme une simple "théorie du complot"12 serait une erreur d'interprétation. Le modèle ne décrit pas une cabale, mais des mécanismes systémiques et des incitations structurelles qui, sans coordination centralisée, produisent des effets observables : convergence idéologique, filtrage de l'information, gestion de la dissidence.
Les exemples d'annulations, les données statistiques, la dynamique des idées dominantes/récessives forment un ensemble cohérent qui demande une explication structurelle. Le concept de Cathédrale, utilisé comme outil analytique et non comme dogme, offre une grille de lecture pour comprendre pourquoi le paysage intellectuel peut sembler parfois si uniforme et résistant à certaines formes de contestation.
La question n'est pas d'adhérer aveuglément à ce modèle ou aux conclusions politiques qu'en tire son auteur original, mais de reconnaître sa pertinence potentielle pour décrypter certaines dynamiques contemporaines. Face à un écosystème informationnel qui semble privilégier la conformité, comment préserver et exercer un esprit critique capable de discerner non seulement les contre-vérités flagrantes, mais aussi les biais subtils et les vérités "récessives" que le système tend, par sa nature même, à occulter ? Poser cette question est sans doute le premier pas vers une plus grande lucidité intellectuelle.
La cathédrale est bien d’une gauche progressiste, mais la cathédrale n’accepte pas les attaques envers Israël.
Membres de gauche radicale, avec des idées dignes d’un intellectuel déconnecté de la réalite et des ouvriers, et nottables idéologues
D’autres données intéressantes, la classe moyenne disparait alors que les ouvriers sont plus representés ainsi que les fils de cadres, qui deviennent plus de 50% de SciencePo, à réflechir.
Pour info, Hollande gagne qu’avec 51.64% des votes contre 48.32% en 2012. Donc le contraste des journalistes qui votent très à gauche devrait reflétter leurs idées.
Mdr on en parle de 16% des militaires et policiers qui votent Zemmour. Si la cathédrale vire à gauche, les forces de l’ordre virent au réactionnairisme, l’esprit de Maurice Papon n’est pas mort.
Certaines de ces idées sont passées au mainstream de l’extreme droite. Mais il faut concevoir que cette theorie date de 2008-2012.
Orthodoxie, veut juste dire les idées ok.
Alors que ces deux propos trouvent des bases scientifiques, empiriques. On trouve ici une vérité avec des preuves à l’appui mais qui reste impopulaire dans le monde des sciences humaines.
Il y a tout un champ de recherche destiné à étudies les phenomènes emergents. C’est un phenomène fascinant ou par des choix individuels et logiques, un système emerge avec une logique et une inertie interne
Un petit avant goût, c’est une techno-monarchie pour lui, d’où l’idée de cathédrale reste neo-réactionnaire. Mais l’essai étant déjà trop long je le laisse pour un autre jour. Yarvin utilise la cathédrale comme tremplin vers un rejet de la démocratie et de toutes les valeurs des Lumières, d’ou sa classification comme réactionnaire



À l'inverse, les idées récessives — celles qui délégitiment ou réduisent ce pouvoir
Didn’t understand. Yeah I understood it but can’t translate how I did till the natural selection part.
You’re talking about how the cathedral moves in synchronicity despite not having a central node.
You compare it to or talk of the history of stuff like LGBT or feminism.
Would say that it's like caste/guild interest? Idk how alignment within the cathedral works, but look at the right wing.
We're somehow all talking about needing to re-tribalize Europeans and how WEIRD is weird.
Could it be some set of intrinsic higher level values that we're optimizing for?
Like for the Pagan Right-wing it's WAR.
ਅਕਾਲ